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 « Mak Bwa, Mak Moun »

John Woodly Louis Jeune : Graver la memoire des femmes de Dame-Marie

Découvrir Haïti présente John Woodly Louis Jeune, lauréat de la 11ᵉ édition de la résidence Par Quatre Chemins. Son projet, « Mak Bwa, Mak Moun », explore le lien entre matière, parole et souvenir. À travers la peinture et la gravure sur bois, il donne une voix aux témoignages des femmes de Dame-Marie, offrant à leurs histoires une nouvelle importance dans l’art haïtien.

« L’art peut faire entendre sans bruit ni conflit. Lorsqu’une image s’exprime, elle touche des domaines où les mots ne peuvent pas aller ». John Woodly Louis Jeune 

” Très souvent, les voix des femmes ne sont pas entendues. ” C’est de cette observation que naît Mak Bwa, Mak Moun, le dernier volet du parcours artistique de Woodly. En mettant en avant les récits des femmes de Dame-Marie, il attire l’attention sur des vies discrètes, souvent marquées par la souffrance, la persévérance et le courage.

” Je souhaite accorder à ces voix la place qu’elles méritent dans l’art “, affirme-t-il, revendiquant son rôle d’artiste féministe avec conviction.

Pour lui, le bois est bien plus qu’un simple support. Il possède sa propre histoire, une vie, une respiration, et porte les marques du temps, tout comme le corps humain. Graver le bois revient à écrire directement sur une matière vivante.

” Je peux rendre mes œuvres plus fortes en utilisant un matériau naturel, qui possède déjà une mémoire laissée par la vie “. 

Tout commence par la rencontre. John Woodly Louis Jeune s’installe, écoute, échange, observe. De ces interactions naissent des notes et des esquisses : des fragments de paroles transformés ensuite en formes et en couleurs.

” Chaque témoignage a sa force et sa lumière. Ce sont eux qui guident ma main lorsque je travaille le bois “, explique-t-il.

La communauté occupe une place essentielle dans ce processus. L’artiste refuse toute position d’autorité :

” Sans eux, il n’y a pas d’histoire. Je viens pour apprendre, écouter et créer avec eux “. C’est cette proximité qui lui permet de saisir l’essence des voix rurales, souvent oubliées mais indispensables à la compréhension du paysage culturel haïtien.

Dans Mak Bwa, Mak Moun, la peinture et la gravure se répondent. Le bois, avec ses nervures et ses imperfections, devient le reflet d’une mémoire collective. Chaque entaille est une parole, chaque couleur une expression d’émotion. ” Lorsque j’y ajoute la parole des femmes, la peinture et les marques de gravure, tout devient une seule mémoire collective “, résume Woodly.

Ce projet s’inscrit dans une démarche de recherche continue, initiée avec Rasin ak Vizyon et destinée à se poursuivre avec Mémoire Gravée. Ensemble, ces projets forment une série dédiée aux traces, à la mémoire et à l’identité du peuple haïtien, un fil artistique qui relie passé, présent et avenir.

Pour Woodly, l’art a le pouvoir de redonner une voix et une dignité à ceux qu’on n’entend pas.

” L’art peut faire entendre sans bruit ni conflit. Lorsqu’une image s’exprime, elle touche des domaines où les mots ne peuvent pas aller “.

À travers Mak Bwa, Mak Moun, il invite le public à ressentir le respect, le silence et la force qui se dégagent des femmes de Dame-Marie, à voir en elles une part de soi et de la mémoire collective haïtienne.

L’artiste espère également que son travail encouragera d’autres créateurs à puiser dans leurs propres communautés pour créer un art plus ancré, plus conscient, plus humain.

” Chaque projet est comme un chapitre d’une même histoire : celle de la mémoire du peuple haïtien “.

John Woodly Louis Jeune est un artiste plasticien haïtien. Son travail explore la mémoire, la trace et l’identité à travers la peinture et la gravure. Lauréat de la 11ᵉ édition de la résidence Par Quatre Chemins, il développe une série d’œuvres autour de la mémoire collective haïtienne, dont « Mak Bwa, Mak Moun » est le plus récent chapitre.

Propos recueillis par Jean Max Beauchamp

Texte : Jean Max Beauchamp pour Découvrir Haïti