Résidences par Quatre Chemins : les lauréats de la 5ᵉ édition révélés
Sous les projecteurs, dans le souffle vibrant des planches et le silence suspendu du public, ils se sont levés.
Ils ont porté la parole, le geste, le regard.
Ils ont transformé la scène en espace de vérité.
Les lauréats de cette première édition ne sont pas seulement des gagnants.
Ils sont des voix.
Des corps en mouvement.
Des consciences éveillées.
PAR QUATRE CHEMINS
« Notre volonté étant de poursuivre le travail entamé par Quatre Chemins depuis ses dix années d’existence : celui d’aider à l’éclosion de nouvelles esthétiques, de nouveaux souffles, et de supporter des artistes priorisant une démarche citoyenne, ayant un regard critique, interrogateur sur le devenir du monde »
Éléonore Coyette travaille sous le nom de LOKAH. Réalisatrice nomade, elle explore et s’exprime à travers le format court : vidéoclip, portrait d’artiste, installation et performance, vidéo-poème et court-métrage… Captivée par l’association de l’image en mouvement et du son, elle aime repousser ses limites créatives pour questionner le rapport à la narration. Elle revendique l’aspect artisanal et organique de sa pratique, qu’elle considère comme une quête à la fois professionnelle et existentielle. Éléonore Coyette s’est associée à Darline Gilles, l’auteure de « Gouyad Sen Pyè », pour présenter une adaptation du monologue « Danser jusqu’à saigner le ciel », sur le rapport que les femmes ont avec leur propre corps, et sur le regard d’autrui sur elles. C’est, en partie, l’histoire d’un père qui refuse que sa fille danse. Parce que les filles « de bien » ne dansent pas.
Au-delà de la simplicité de la trame de ce conte, les choix esthétiques de Dieula dans le montage de la vidéo ont été très appréciés. En effet, le noir et blanc sera remplacé à la fin de la vidéo par des couleurs éclatantes, qui symbolisent la victoire du bien sur le mal. C’est une façon de le voir. Pour la jeune cinéaste, ces couleurs voulaient plutôt souligner l’ancrage du conte dans le passé. La réalisation du film n’a pas été facile, selon Djamie. Elle devait composer avec les moyens mis à sa disposition et la difficulté de trouver des acteurs. « Les gens ne comprennent pas ce qu’on fait. Ils sont méfiants parce que des institutions leur font souvent des promesses en échange de leur participation, sans jamais les tenir. »
Poétique et incarcération, le calvaire des femmes à la prison civile de Pétion-Ville est un projet divisé en deux parties : un récit poétique écrit par Eunice Éliazar et un moyen métrage qui sera réalisé par le photographe et réalisateur Samuel Suffren. Dans le cadre de la restitution de son travail, Eunice Éliazar, deuxième résidente, a lu un extrait de son travail, un récit qui expose les misères de quatre ex-détenues de la prison civile des femmes de Pétion-Ville. La première de ces anciennes prisonnières, Fabiola Rémy, a été arrêtée alors qu’elle n’avait que 18 ans, suite à une altercation entre elle et le copain de sa meilleure amie qui avait osé lever la main sur elle. Elle passera 7 ans en prison, dont 3 ans sans passer devant son juge naturel.
Dans le cadre de la 15ᵉ édition du Festival Quatre Chemins, Dieula Jean-Louis (Djamie), Eunice Éliazar et Eléonore Coyette, trois boursières en résidence d’écriture, ont présenté un compte rendu de leurs travaux, le dimanche 25 novembre 2018, au siège de la Direction nationale du livre (DNL). Loque urbaine, association culturelle de Jean d’Amérique, Darline Gilles, Léonard Jean-Baptiste, a terminé la soirée en beauté sur une note de poésie, grâce à ses Mutations poétiques.
Notons que la 16e édition du Festival Quatre Chemins se tiendra cette année du 25 novembre au 7 décembre prochains à Port-au-Prince. Cette édition, articulée autour de la phrase phare « Tous les hommes sont fous», traitera de la santé mentale. La comédienne Michèle Lemoine sera l’invitée d’honneur de cette édition.